















|
Nous
évoquions déjà en 1972 - lorsque nous parlions pour
la première fois de notre système personnel de retouches
mise au point sur le tableau de l’école de Fontainebleau
Gabriele d’Estrée et sa Sœur- une vérité
d’évidence qu’en matière de restauration d’œuvres
d’art si l’injure du temps était inéluctable
concernant leur conservation, le progrès scientifique n’en
était pas moins inéluctable et aujourd’hui ce progrès
se manifeste hautement et avec éclat grâce à la caméra
numérique que nous présentons.
Ce
qui a fait jusqu’à présent la spécificité
de l’institut d’art conservation et couleur a été
d’aborder ce métier comme un processus de création
entre l’artiste et l’artisan, c'est-à-dire multitude
de gestes précis ou inspirés, constamment contrôlés
améliorés ou perfectionnés. Mais ces actes répétés,
ne peuvent être valables que dirigés par une pensée
créatrice et doublée d’une connaissance scientifique
afin de porter remède aux œuvres atteintes avec le maximum
de sécurité et d’efficacité.
Nous
avons aussi toujours défendu que pour ce métier difficile
à la frontière de ces deux personnages, artiste et artisan
garants d’un patrimoine immense, il était nécessaire
de dégager une méthode.
Pourquoi
restaurer ?
POUR CONSERVER
La
restauration est et demeurera indispensable pour permettre de rétablir
la possibilité d’un dialogue entre l’œuvre originale
et son admirateur.
C’est pourquoi la restauration de l’œuvre altérée
doit être faite aux moyens d’interventions réfléchies,
intelligentes, sensibles, discrètes, sachant qu’une œuvre
médiocre ne peut espérer une amélioration d’une
restauration même très élaborée.
Il est important de ne pas oublier un principe fondamental : si le peintre
dans le choix de sa technique, connaissait les lois du vieillissement
des matériaux utilisés, il ne pouvait considérer
son œuvre comme finie le jour où il posait ses pinceaux. Il
avait nécessairement conscience d’une transformation physico-chimique,
de l’évolution du séchage et de la patine du temps.
C’est donc d’un original « évolué »
dont il faut être conscient et c’est celui-là qu’il
faut respecter.
Comment restaurer ?
COMPRENDRE EN RESPECTANT
Tous
les moyens et tous les éléments historiques que nous possédons,
alliés aux techniques modernes, sont dirigés vers une meilleure
compréhension de l’œuvre d’art.
Cependant une approche esthétique de l’œuvre est liée
à sa compréhension technique et structurelle parce qu’une
relation étroite existe entre l’image et l’assemblage
complexe des matériaux en présence.
Les dossiers de laboratoires sont la base d’une connaissance des
problèmes et d’une élaboration de travail.
La documentation repose sur les différentes photographies indispensables
à la compréhension de l’œuvre.
La ou les photographies en lumière normale, en lumière tangentielle
La radiographie
La photographie sous rayonnement ultraviolet
La photographie sous rayonnement infra rouge
Ces examens, comme les prélèvements de matières picturales
pour la connaissance des matériaux, ajoutent un atout non négligeable
au choix de l’intervention.
Le
meilleur positionnement pour une restauration idéale consiste à
intervenir le moins possible. Ce qui doit être ajouté aux
matériaux d’origine le sera dans le respect et la connaissance
de tous les paramètres de l’œuvre en question.
La remise en état d’une œuvre d’art ne doit pas
appartenir à un mode de conception propre à
une époque ou à un goût particulier au risque de la
dénaturer. Les restaurations abusives ou de style déplacent
l’œuvre par rapport à son époque de création.
Qu’est ce qu’un restaurateur ?
UN
RESPONSABLE DE HAUT NIVEAU
Il
a reçu une formation dans plusieurs domaines.
Historien
d’art, il a une connaissance solide de la peinture.
Plastiquement,
son apprentissage de l’art académique, c'est-à-dire
dans la plus simple tradition des Beaux Arts, avec des cours de modèle
vivant, d’étude documentaire et de copie de tableaux lui
permet d’entrer familièrement dans les œuvres des siècles
passés.
Scientifiquement,
les notions physico-chimiques intégrées permettent de pratiquer
les opérations de traitement en réduisant les prises de
risques.
La formation scientifique indispensable pour la qualification du Restaurateur
ne constitue pas un écran à sa sensibilité mais au
contraire une libération.
Sans
cesse en progrès, cette profession permet tout autant au restaurateur
d’introduire cette sensibilité expressive pour aborder toutes
les questions, et se plier aux impératifs intrinsèques d’une
œuvre en danger et en tirer le bénéfice d’une
meilleure conservation dans le temps.
le
système de retouche trivariance
Il
s’inscrit dans une Méthode particulière.
Conditionnée par la décomposition de la lumière pour
la comprendre il suffit de se rappeler la théorie de la division
de la couleur.
Sans entrer dans des détails expliquant les phénomènes
optiques et physiques, nous résumons cette méthode par l’introduction
des quelques principes qui l’identifient.
Les phénomènes de synthèse additive conduisent à
l’application rigoureuse de points colorés distribués
sur la lacune en proportions convenables destinés à reconstituer
la couleur recherchée.
Lorsque les couleurs sont mélangées sur la palette, même
bien choisies, elles s’occultent les unes les autres. Si elles sont
posées en épaisseur, elles « bouchent » par
des tons fermés, souvent sales, qui obligent à des reprises
fréquentes pour obtenir le ton définitif.
Cette opacité créée présente en outre le désavantage
de vieillir vite et mal en raison des contradictions chimiques des éléments
en présence.
La multiplicité des superpositions accroît en conséquence
l’effet néfaste de la soustraction anarchique des lumières
par les couches pigmentaires.
La
méthode que nous avons privilégiée permet un vieillissement
minimal de la retouche et un allègement des matières qui
favorise la transparence.
D’autre part cette méthode globale évite la tyrannie
de la spécialisation pour un style défini d’œuvres.
Cette méthode pratiquée à l’atelier est applicable
à tous les tableaux quelque soit leur époque parce qu’elle
est assez précise et définie pour s’adapter au niveau
de réintégration exigée par la matière picturale
originale.
Même
si cette technique semble au départ plus difficile, plus rigoureuse,
en fait, elle utilise des moyens très simples.
Une œuvre picturale peut être considérée comme
une source de lumière secondaire, la source primaire étant
soit le soleil, soit toute autre luminaire artificielle. Il manque l’œil
du spectateur pour définir la couleur comme un triplet.
La propriété fondamentale de la vision normale est la trivariance.
Toute lumière colorée peut être reproduite par l’addition
de trois lumières colorées que nous choisissons pour des
raisons d’efficacité physiologique parmi les couleurs primaires
; rouge, jaune, bleue.
La juxtaposition de ces trois points colorés purs, grâce
au choix de leur intensité (la concentration du pigment) leur positionnement
et leur nombre dans la lacune nous permet de reconstituer n’importe
quel ton manquant si nous prenons bien le soin d’opérer sur
un fond parfaitement blanc (le mastic) qui représente la lumière
pour permettre cette addition.
Nous
avons là le procédé additif de la synthèse
trichrome.
Lorsque
nous parlions pour la première fois de notre système personnel
de retouches mis
au point sur le tableau de l’école de Fontainebleau Gabriele
d’Estrée et sa Sœur en 1972, nous avons pu nous rendre
compte de l’éventail très largement ouvert d’une
méthode rigoureuse.
Elle offre une parfaite réversibilité, par le choix des
composants chimiques et par la faible quantité utilisée.
Elle est stable dans le temps, renforcée par ce choix des matières
de retouches qui a été étudié au préalable
en laboratoire afin d’obtenir le vieillissement minimal.
Trente ans après sa mise au point, l’observation montre les
excellents résultats de cette retouche selon la trivariance visuelle
comparativement à une retouche moins technique.
La restauration des peintures :
La restauration est un métier difficile et noble qui ne
souffre pas de médiocrité. Les problèmes de la restauration
des peintures d’art présentent des caractères spécifiques
qui interdisent d’emblée la tendance naïve du profane
à croire qu’il suffit de manier adroitement la palette pour
porter remède au mal subit par les œuvres d’art. C’est
alors le désastreux « embellissement ».
L’injure du temps est inéluctable mais également le
progrès scientifique.
Le restaurateur doit faire l’effort de passer d’un style à
un autre afin de s’en imprégner. Son voyage dans le temps
lui permet de pénétrer l’esprit de l’artiste.
Pour faire court, s’exprimer en artisan muni d’un savoir faire
doublé d’une connaissance scientifique des plus pointues,
c’est être prêt pour porter remède aux œuvres
avec le maximum de sécurité et d’efficacité.
La restauration est, dans beaucoup de cas, indispensable pour établir
un dialogue entre l’œuvre et son admirateur. Actuellement une
bonne restauration est étayée par une documentation scientifique
incontournable. Le caractère de l’œuvre ne doit en rien
être altéré dans sa « remise en état
».
Il ne faut pas en faire « trop », ni « interpréter
» l’essentiel. La rigueur, la maîtrise d’une technique
et le respect font partie d’une restauration responsable.
Notre technique spécifique en matière de retouche, qui fait
appel à la connaissance des lois de mélanges optiques additifs
de lumières colorées, offre la réversibilité,
une finesse, une légèreté et une transparence que
soutient une véritable politique de sauvegarde.
Parmi les œuvres les plus réputées restaurées
par I.AC.C. figure :
- Dirck Bouts, « La Déploration du Christ », Musée
du Louvre
- Hans Memling, « Saint Jean et Sainte Madeleine », Musée
du Louvre
- Maître des Anges Rebelles, « Les Anges rebelles et Saint
Martin », Musée du Louvre
- Ecole de Fontainebleau, « Les Dames aux bains », Musée
du Louvre
- Louis Le Nain, « Réunion d’amateurs », Musée
du Louvre
- De Champaigne, « La Cène », Musée du Louvre
- Oudry, « Butor et perdrix », Musée du Louvre
- Fragonard, « Le taureau à l’étable »,
Restauration pour une collection particulière avant donation au
musée du Louvre
- Goya, « Asensio Julio », Restauration pour une collection
particulière avant donation au musée du Louvre
- Goya, « La Marquise de Las Mercedes », Musée du Louvre
- Monet, « Impression soleil levant», Musée Marmottan
- Matisse, « Le peintre et son modèle », Musée
national d’Art Moderne
- Largillierre « Portrait de mademoiselle Marie-Madeleine de la
Fayette », collection privée
- Klimt, « Cavalier d’or », Collection particulière
- Largillière, « La Comtesse de Noirmont », Collection
particulière
- Portrait de Louis XV en armure sous sa tente, atelier de Carle Van Loo,
collection particulière
- Botticelli, portement de croix
- Divers tableaux de collections privées comme : Juan Gris, Picasso,
Manet, Courbet, Modigliani, etc.
Proposition
d’intervention sur un tableau de DAVID
La demande des propriétaires étant très précise,
le tableau tel qu’il était, n’avait plus aucun intérêt
ni valeur picturale, aussi fallait-il tenter même l’impossible.
Il n’y a pas d’intervention nécessaire sur le support
entoilé.
C’est grâce à l’aide de la radiographie que nous
avons pu expliquer au propriétaire à la fois l’état
de l’oeuvre et les possibilités qui s’offraient pour
lui redonner un aspect plus proche de ce qu’avait pu être
l’original. C’est pourquoi nous avons proposé un travail
en deux temps :
Pour la première partie, il était donc nécessaire
d’éliminer les gros vernis jaunes, la totalité des
repeints, des mastics et à ce moment là de ce rendre compte
jusqu’où il était possible de se rapprocher d’une
oeuvre du XIXe siècle.
La deuxième partie correspond au masticage des accidents, des reprises
des usures et de la reconstitution des zones lacunaires. Certains documents
appartiennent au propriétaire et ne peuvent être diffusés,
entre autre la radiographie
Rapport
d’intervention
Tests de nettoyage
Un solvant étudié pour ce cas permet d’enlever les
premiers vernis résineux et la superficialité de quelques
repeints. La peinture, une fois dépouillée de ces rajouts
nombreux et couvrants, présente une belle matière originale
qui a retrouvée une clarté, une transparence nacrée
pour le visage qui est donc en meilleur état que le reste comme
nous le devinions par la radiographie.
Pour le buste, il en est tout autrement, bien que conforme à la
vision de la radiographie, nous sommes en présence d’une
pellicule picturale très usée, avec de nombreux endroits
lacunaires,
mais nous retrouvons des parties d’original de qualité qui
étaient recouvertes par les repeints épais et débordants
et sans aucune perspective. Les accidents en creux sont fermés
par des mastics. Ils sont travaillés en matière, c’est-à-dire
que nous recréons le relief de la matière picturale qui
se trouve proche afin de respecter et d’obtenir une continuité
entre le mastic et la pellicule originale, ceci sans débordement.
Ce choix est conduit par le fait que la couleur posée est seulement
un « ton coloré » et non pas une matière épaisse
de remplacement, c’est la matière en relief du mastic qui
tient ce rôle.
Rapport
d’intervention N°2
La seconde partie est la plus longue et la plus délicate.
Le choix d’une retouche basée sur la transparence s’impose.
Le matériau sur la palette est composé de pigment pur lié
à la résine. Pour la retouche sur les mastics, un premier
à-plat est posé, d’une couleur pure, froide et plus
ou moins diluée selon la teinte à trouver mais jamais en
épaisseur ; (pas d’utilisation de blanc ni de noir sur la
palette), nous procédons à une superposition d’une
couleur complémentaire selon les besoins jusqu'à atteindre
la couleur voulue. Les mélanges ne se font pas sur la palette mais
seulement par des superpositions de tons purs ajustés sur la lacune,
ceci permet un excellent vieillissement de la retouche.
Pour le buste et les autres zones épidermées et lacunaires,
la reconstitution se fait par juxtaposition toujours de couleur pure,
le jeux entre la couleur et sa complémentaire, toujours sans utiliser
ni blanc ni noir. Le tissage entre les zones vides et les parties originales
permet de
reconstituer des valeurs qui avaient disparues. Les difficultés
rencontrées étaient la précision, à la fois
du ton qui ne peut être que posé en une fois et de respecter
juste la lacune ou
l’usure pour éviter le débordement qui entraînerait
une surcharge malencontreuse.
Un léger vernis de résine naturel a été choisi
pour équilibrer l’aspect final satiné.
Téléchargez notre article sur les aspects scientifique de la couleur en restauration
des peintures
|