Le laboratoire scientifique
La
nécessité d’avoir à disposition des outils
techniques perfectionnés vient de la conviction qu’en matière
d’œuvres d’art, si l’injure du temps est inéluctable,
le progrès scientifique l’est tout autant.
Aujourd’hui, ce progrès se manifeste hautement et avec éclat
grâce à la caméra numérique à large
bande spectrale que nous utilisons.
Comprendre, analyser, découvrir, nous continuons nos investigations
et nous établissons des dossiers scientifiques qui sont établis
soit avant d’entreprendre une restauration, soit pour une étude
particulière à des fins d’expertise ou simplement
pour une connaissance approfondie de l’œuvre.
Les
sources de rayonnement permettant cette connaissance sont les suivantes
:
La
photographie en lumière directe,
La photographie sous rayonnement ultraviolet,
La photographie sous rayonnement infrarouge,
La radiographie.
Et
pour la connaissance des matériaux :
Les
analyses physico-chimiques et microchimiques
Photographies
scientifiques
Il
est désormais possible de réaliser les photographies suivantes
:
·
Couleur
· Noir et blanc
· Infrarouge par réflexion (noir et blanc) et deux longueurs
d’ondes possibles type 1 ou type 2,
· Infrarouge par réflexion (en fausses couleurs) type 1
ou 2,
· Infrarouge par transmission (noir et blanc) type 1 ou 2,
· Infrarouge par transmission (en fausses couleurs) type 1 ou 2,
· Ultraviolet par réflexion (noir et blanc),
· Ultraviolet par réflexion (en couleurs),
· Ultraviolet par fluorescence (couleur),
· Ultraviolet par fluorescence (noir et blanc),
· Sodium
Ces
15 types d’analyses (photographie de l’œuvre dans son
ensemble) peuvent se doubler de macrophotographies (photographie d’un
détail de l’œuvre, signature par exemple).
Les
délais, auparavant de plusieurs jours pour la réalisation
de chacune de ces photographies, sont maintenant ramenés à
1 heure, voire moins dans le meilleur des cas.
La photographie en lumière directe
Qu’elle
soit en noir et blanc ou en couleur, elle est le témoin de l’observation
première, indispensable document pour toute identification.
C’est un élément trace qui participe au constat d’état.
Cette photographie peut être consultée au cours des interventions
de restauration, car elle a valeur de référence tant pour
le technicien que pour le propriétaire de l’œuvre.
La
macrophotographie :
C’est
la photographie très rapprochée d’un détail
agrandi qui permet la vision du coup de pinceau en distinguant les empâtements
les uns des autres. C’est une lecture plus fine pour la compréhension
de « l’écriture » du peintre, et à ce
titre, c’est un élément de comparaison indispensable
pour l’étude d’un tableau à identifier. Etude
stylistique indispensable aussi en cours de travail du restaurateur, pour
les opérations de modelage des mastics, voire de la reconstitution
d’une partie manquante.
La
photographie sous lumière tangentielle :
Elle
donne plus d’informations que la lumière directe. Elle met
en évidence la topographie d’une peinture grâce à
cette incidence rasante, qu’elle soit d’un côté
ou d’un autre, et permet de ce fait une autre vision par les caractéristiques
de l’empâtement ou des accidents rencontrés.
La photographie sous lumière monochromatique de
sodium :
Faisant
abstraction de la couleur, le tableau est lu en « valeur »
mettant en relief les contrastes qui, ainsi accentués, identifient
la technique du peintre, son coup de pinceau, sa « patte ».
Comparativement à la macrophotographie en noir et blanc, la monochromatique
de sodium rend une vision de la technique du peintre sur la totalité
de l’œuvre avec une grande profondeur.
Elle
traverse les couches superficielles de vernis et de glacis, mettant en
évidence à l'examen direct les retouches les plus légères
situées même sous des vernis.
Sous cet effet, tous les tons deviennent monochromes, allant du gris clair
au noir. Seuls les jaunes restent tels quels. L'observateur pouvant faire
abstraction de la couleur est mieux à même d'étudier
à l’œil nu la véritable structure du tableau.
Les contours et les traits du dessin sont plus nets, des détails
obscurcis sous des vernis opacifiés redeviennent perceptibles,
des signatures et autres inscriptions réapparaissent.
La photographie sous lumières ultraviolettes
Fluorescence
sous ultraviolet :
L’image
obtenue par les U.V. révèle les altérations de surface
et en partie l’état de conservation d’un tableau. Elle
identifie les accidents, les repeints, la nature du vernis et, de ce fait,
peut servir de comparaison avec une photographie normale après
une restauration. Les repeints sur les vernis apparaissent en taches plus
ou moins foncées comparativement à la matière originale
du tableau.
L'examen sous radiations ultraviolettes permet seulement de discerner
les anomalies de l'état de surface et non en profondeur. Sous cette
lumière un vernis ancien présentera un aspect laiteux et
légèrement transparent sur lequel la moindre altération
apparaîtra sous la forme d'une tache plus ou moins sombre. En règle
générale, ces taches indiquent la présence d'un repeint
posé dans la plupart des cas pour dissimuler quelque accident.
Certaines zones sombres peuvent également apparaître, mettant
en évidence un essai de dévernissage. On peut noter en outre
qu'un repeint très ancien peut parfois être difficilement
discernable sous les radiations ultraviolettes et, dans ce cas, des examens
complémentaires seront nécessaires.
Ultraviolet
par reflexion
Dans
ce domaine, il faut bien différencier la photographie par réflexion
d’ultraviolet et la photographie par fluorescence sous ultraviolet.
Ce sont deux techniques très différentes mais complémentaires.
La
photographie par réflexion d’ultraviolet permet de discerner
des inscriptions ou des éléments effacés ou peu visibles,
mais de façon très différente de la photographie
par infrarouge. La pénétration dans la matière et
la réaction optique des pigments sous ultraviolet n’est en
effet pas la même par rapport aux infrarouges.
LES
RAYONS INFRA-ROUGES :
Par
capture de leur réflexion avec notre caméra numérique,
ils permettent de voir à travers des vernis et certains glacis.
Il est donc possible de restituer à travers l'accumulation de vieux
vernis colorés devenus opaques une image nette de l’œuvre,
ceci sans entreprendre un dévernissage. De surcroît, de nombreuses
signatures involontairement dissimulées sous d'épaisses
couches de vernis et glacis, ou volontairement "maquillées"
sont également mises en évidence.
Les
infrarouges offrent toujours une image plus précise du dessin de
l’œuvre, où toutes les transformations sont perceptibles.
C'est ainsi qu'ils sont une aide précieuse pour l'historien d'art.
Les
rayons infrarouges ont la propriété de traverser les couches
de peinture jusqu’à la préparation de celle-ci, mais
pas au-delà. C’est néanmoins l’écriture
propre de la création qui est mise à jour, c'est-à-dire
le dessin préparatoire ou les points de décalque sur les
primitifs. Principalement ils révèlent les signatures cachées.
Ils révèlent aussi les accidents plus profonds non discernés
aux ultraviolets.
Tout
un ensemble de pigments peuvent être identifiés grâce
à ce moyen, notamment le bleu de cobalt qui devient transparent.
Les photographies en fausses couleurs infra-rouge offrent la possibilité
d’identifier les pigments, de façon optique (à chaque
couleur correspond une nature de pigment), mais permettent aussi de différencier
des couches de peintures appliquées avec des méthodes différentes
ou à des périodes différentes.
Cet outil technique de la photographie en fausses couleurs est un des
moyens les plus performants et des plus rapides pour se faire une opinion
sur la qualité et l’authenticité d’une œuvre.
Notre
matériel peut pénétrer plus ou moins la matière
en fonction des longueurs d’ondes sélectionnées. Quatre
types de photographies infrarouges peuvent être faites :
Noir
et blanc de 700 à 950 nanomêtres,
Noir et blanc de 950 à 1150 nanomêtres,
Couleur de 700 à 950 nanomêtres,
Couleur de 950 à 1150 nanomêtres.
Infra-rouges
en fausses couleurs
Tout
un ensemble de pigments peut être identifié grâce à
ce moyen. Les photographies en fausses couleurs infra-rouges offrent la
possibilité d’identifier les pigments, de façon optique
(à chaque couleur correspond une nature de pigment), mais permettent
aussi de différencier des couches de peintures appliquées
avec des méthodes différentes ou à des périodes
différentes. Il est parfois nécessaire de photographier
plusieurs palettes d’échantillons
de couleurs dans certaines longueurs d’ondes, avec le même
éclairage et les mêmes réglages de l’ordinateur
et de la caméra afin de comparer les résultats avec les
photographies réalisées sur le tableau. Ces palettes de
couleurs vont nous servir à comparer et à identifier de
façon optique une partie des composants des différents pigments
utilisés par le peintre.
Cet outil technique de la photographie en fausses couleurs est un des
moyens les plus performants et des plus rapides pour se faire une opinion
sur la qualité et l’authenticité d’une oeuvre.
En effet, en fausses couleurs infra-rouges type 1 ou 2, à chaque
couleur correspond un matériau précis ou un mélange
de matériaux. Nous appelons matériaux les constituants chimiques
des pigments.
Par exemple : trois pigments blancs similaires à l’oeil nu,
c’est-à-dire ayant le même aspect visible (mais de
constitution chimique différente), auront trois couleurs très
différentes en fausses couleurs infra-rouges. Ainsi, on peut identifier
de façon visuelle les constituants de la matière dans la
mesure où nous disposons des éléments de référence
(palettes de différents
pigments) ou bien d’une oeuvre de référence pour comparaison.
Nous recherchons les similitudes ou les discordances de couleurs entre
les photos des palettes et celles des tableaux dans le groupe de longueurs
d’ondes correspondantes. Si toutes les couleurs visibles ont les
mêmes correspondances de couleurs sur les deux tableaux, que ce
soit en FC IR 1 ou en FC IR 2, alors cela signifie que les pigments utilisés
sont très similaires, voire identiques, et mélangés
dans des proportions voisines.
Les photographies en IR noir et blanc permettent d’avoir une information
sur le travail de la matière dans les couches profondes du tableau,
qui ne sont pas visibles à l’oeil nu. Cette information en
IR noir et blanc est capitale pour comparer deux oeuvres.
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